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26 diciembre Fumisterie n°2 : Le creux de la vagueSommes-nous dans le creux de la vague ? ça fait des décennies je suppose, qu’entre une discussion sur les boutures de géranium et un commentaire sur un article d’un journal people consacré à une tête couronnée, les vieilles clientes d’un quelconque coiffeur le disent… C’était mieux avant. Mais est-ce que de tout temps, la jeunesse a eu le sentiment comme actuellement de vivre dans un pays pourri, condamné à devenir une puissance moyenne sous la tutelle de politiciens compétents mais sans plus ? A tel point que c’est devenu un alibi pour ne plus rien foutre ! Notre grand espace européen et mondialisé nous donne l’opportunité de nous en contrefoutre de notre pays de con, qui après tout peut très bien crever sans nous. Après tout on a au moins gagné ça, notre société nous aura au moins appris que depuis les années 80, on peut s’en sortir tout seul et brillamment, protection sociale ou pas, démocratie ou pas. Belle illusion que s’entretient notre douce jeunesse ! Tout comme à 13ans on pense pouvoir agir sans « nos vieux », à l’approche de nos 20ans on est presque débarrassé de ce pays de nul. Que l’indifférence est douce ! Notre vie politique, qui n’a lieu que tout les 5ans, consiste à donner notre infime voix sans trop y croire (après tout, une sur 40millions…) à un homme charismatique et providentiel, et l’absence de représentant crédible nous permet de justifier notre manque d’engagement. Engagement, voilà un mot bien étrange. Nous fuyons l’engagement, ce formatage des esprits. Nous ne voulons adhérer à rien car nous voulons rester libres. Drôle de stratégie. Notre silence d’aujourd’hui conditionnant le bruit inextinguible de demain. On nous a appris à être efficace, à voir rentable plutôt qu’à être visionnaire et rêveur. Notre vocabulaire se rétrécit : politique rime avec lâcheté (bientôt avec « paillettes ») , engagement avec bridage , études avec métier, égalité avec horreur totalitaire, révolution avec Cuba, liberté avec silence, fraternité avec ringardise, utopie avec irréalisme… On veut être rêveur mais uniquement pour nous, rapidement comme ça, en regardant les étoiles. on veut être original tout en restant conforme, on ne veut pas changer les choses parce que c’est impossible (mais je croyais qu’on était rêveur ?) , on veut être généreux sans trop s’oublier, on n’aime pas le racisme, alors on en fait pas , mais quand les autres en font, le silence est de mise. On parle pour ne rien dire alors qu’on se tait devant ceux qui parlent bien trop, et tirent l’humanité vers le bas. Notre pays ce n’est pas nous. Ce sont eux, ils sont plus compétent, ils s’y connaissent mieux que nous. S’ils vendent des armes à des dictateurs, cela doit être justifié. Dans tout les cas ce n’est pas nous. Ce qui n’est pas moi ne me regarde pas. Et pourtant, qu’on le veuille ou pas, une grande part d’humanité, indissociable de ce que nous sommes, des hommes, réside en nous. Celle qui fait serrer le cœur devant l’injustice, devant la souffrance. Nous sommes tous des engagés en puissance. Nous sommes des révoltés refoulés. Nous sommes dans le creux de la vague. Bientôt nous comprendrons que nos vies individuelles sont liées avec la grande marche de la vie humaine. Cette fameuse route du bonheur individuel ne passera que par la direction du bien être collectif. Nous ne sommes pas seulement nous, nous sommes eux, nous sommes vous. Nous sommes la jeunesse. 22 septiembre Fumisterie n°1 : je ne comprend rien, mais je ressens !Une grappe de fruit pourrit dans une vitrine. Vous mettez du temps à l’apercevoir : la foule est dense à cet endroit du musée. Il y a quelques gamins bien peignés que leur mère assez élégante efforce d’interresser , quelques étudiants qui regardent l’œuvre d’un air incrédule, en chuchotant, quelques bobos portant des lunettes à grosses montures qui, plongés dans une profonde contemplation, penchent la tête d’un coté, puis d’un autre , pour adopter un autre point de vue sur la perspective abordée par l’artiste . Et vous, à la vision de ses raisins désséchés sur un plat ikea, vous vous dites « il y a un parti pris… » . Et pourtant vous peinez à réellement y croire. Vous pensez ça parce qu’on vous a dit de penser ça. Ou du moins vous vous êtes rendu compte que quand vous vous êtes exclamé, lors de votre première fois dans ce musée, devant des pneus crevés alignés sur un tapis de gym : « mais c’est du délire, ça veut rien dire ! », ben les gens vous ont regardé d’un air un tantinet méprisant. Vous, ce qui vous fait vibrer, c’est une grande toile du musée du Louvre, avec des personnages antiques qui ont l’air de flipper ou bien de s’éclater, au choix. Seulement ça ,on vous l’a dit, c’est facile… Mais pourquoi ? sur quelle échelle, une toile de Delacroix c’est plus facile qu’une rangée de pneus ? Et facile à quoi ? à comprendre ? Mais non rholala, vous n’avez rien compris justement ! Il ne faut pas comprendre . Comprendre c’est trop ringard. C’est trop terre à terre quoi. On comprend un théorème de Math, on comprend pas une œuvre d’art. Ce serait trop facile ! Votre pote à lunettes à monture noire vous jette un regard désabusé « il faut ressentir tu vois. Tu regarde l’œuvre et tu ressens quelque chose » Ah merde là vous ressentez rien. Que faire ? Parce que là vous flippez. La dernière fois que vous avez étudié un poème de Char en cours, vous n’avez pas compris non plus, enfin vous n’avez rien ressenti je veux dire. Mais bon vous avez fait semblant. C’est facile de faire semblant. Et il est vrai qu’à part quelques-uns, avec Baudelaire par exemple, vous ressentez vaguement que c’est beau. Oui mais là, la grappe de raisin, elle est même pas belle. Enfin pas comme ça quoi. Il doit y avoir un truc , vous vous dites. Un truc pour ressentir. Ressenterserum, ça s’appelerait si c’était une potion… Et si vous viviez dans le monde d’Harry Potter. Bon alors on ne peut pas vous expliquer. Parce que tout ça, vous devez le ressentir au plus profond de vous-même. Ah ! un indice ! Il est utile décidement ce pote à lunettes ! grâce à lui vous allez finir par percer le secret de la grappe de raisin pourrie, et puis du reste tant qu’à faire. Où se situe le plus profond de vous-même ? Il est temps de relire Kant. Bon, il y a l’intelligible, la conscience et tout. Et ça y est vous comprenez là. Vous êtes un immonde scientifique !Rhaaaaaa ! Vous ne savez que raisonner. Vous voulez tout expliquer. Et puis vous ressenter des choses uniquement comme la masse des gens. A savoir, le premier baiser entre Jack et Rose dans Titanic, l’agonie mentale du condamné de Victor Hugo, la mort de la maman dans Rox et Rouky … Et puis votre premier baiser à vous. Mais la grappe de raisin, Baudelaire et Char, néant. Vous cherchez à expliquer le truc, la chose, la raison, le pourquoiducomment, mais kedal. Vous n’êtes décidement qu’un inculte. Un être insensible. Vous pensez que c’est lié à votre manque de culture, mais non, les autres vous l’ont dit, ça vient comme ça. Du plus profond de toi-même. Soit. Péquenot va ! |
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