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日志


1月28日

Là-Bas

Assis sur la marche de ciment, je profite du soleil de janvier. Premier soleil qui chauffe depuis bien longtemps, « vrai » soleil. Atmosphère si légère, entre les rayons de lumière qui chauffent doucement mon pull et la fraîcheur de l’air qui refroidit la gorge à chaque inspiration. Devant moi s’étend le jardin en pente douce, où s’étire encore une brume pâle que crève le soleil, tandis que très faiblement, les gouttes du givre fondant coulent le long des feuilles et troublent le silence.

Le silence. Ce dimanche, j’ai fuit la rumeur de la ville, cette rumeur permanente à tel point que je l’avais oublié. Ce bourdonnement incessant de nos grandes ruches humaine .Et chauffé par ce timide soleil d’hiver, qui rend l’allée de gravillons blancs éblouissantes, j’écoute, les cheveux ondulant au grès d’une très légère brise, ce concert de silence. Il y a une sorte de sentiment de puissance à écouter les moindres sons qui s’en détachent. Les gouttes d’eau sur l’herbe, le chant de quelques oiseaux là haut, dans les peupliers, les travaux du jardinier dont on aperçoit l’ouvrage, là bas, au pied de la colline, le long du ruisseau dont je perçois sans doute les clapotis de son eau abondante en hiver, inexistante en été. Plus discordant sont le lointain gloussement de volailles des fermes voisines ou le démarrage d’un tracteur dans la vallée en contrebas. Je souris bêtement en me concentrant sur les odeurs : la senteur de l’herbe mouillée, l’odeur musquée des feuilles mortes.

Une des portes de la maison s’ouvre, un des oncles sort « on fume pas en cachette hein » , blague commune dans une famille d’antitabac convaincue. Comment allumer une cigarette ici ? Le tabac, senteur de la ville, associé au café noir et à la bière brune n’a pas sa place ici. Pas plus qu’un téléphone ou une carte bancaire… Avec la porte qui s’ouvre, arrivent les odeurs de la maison, du repas qui se prépare. Les rires, le tintement des verres et des couverts. Je devine les plats chargés d’huître, l’huile d’olive dans la salade, le sel jeté dans la poêle et les poissons sur la table de découpe. Les couteaux affutés. L’odeur de la mie de pain, un gros pain de campagne à la carapace quadrillée et saupoudrée de farine. Déjà l’ouverture des bouteilles, apportées par les uns et les autres ; Riesling , côte du Rhône, Bordeaux… Noms qui renvoient à des coteaux et des châteaux. On se donne maintenant des nouvelles des uns, des autres, des absents, des enfants, des étudiants … J’ai envie de fermer les yeux, juste pour savourer mieux encore, mais je me priverai du plaisir de la vue.

Si le bonheur existe, peut-être est-il fait de ces moments là, toujours trop courts. Un chat ronronnant sur les genoux, un soleil printanier en hiver, une famille joyeuse et « enfin » réunie pas loin, derrière ces murs. Déjà j’ai envie de rester ici, au moins ne pas quitter ces lieux. Car ici je peux voir loin, très loin ! Là-bas, le sommet de la colline, la lisière d’une forêt . Un arbre sur la ligne d’horizon.

Quelques heures plus loin et plus tard, je rouvre les yeux sur la traversée du grand pont. La tête contre la vitre, je vois défiler les petites ampoules fixées aux câbles de métal du pont suspendu. Je distingue dans la nuit les lumières de la ville. Je ne suis pas resté là bas, finalement. Avec cette vue si vaste, c’est mon dernier instant de liberté du regard ; ici je vois loin. Nous voilà sur la pente du pont. Retour à la ville, échangeur autoroutier, zone commerciale. Enseignes colorés, sans aucune harmonie. Plaisir des yeux, chatoiement des couleurs ? Cette semaine encore, le tabac me sera un allié précieux.